L'amour funeste de Roméo & Juliette.
__ La nuit couleur encre s'était installée sur Vérone. Il n'y avait pas un soupçon de bruit, le silence était presque maître des lieux. Mais doucement, un souffle imperceptible s'éleva dans l'air. Incroyablement discret, il tourbillonnait dans ce tombeau sombre et sinistre qui n'avait jamais été aussi vivant que dans les instants qui vont suivre.
__Du bruit, des voix qui chuchotent, des pas qui résonnent, il n'y avait aucun doute, quelqu'un désirait se recueillir auprès du tombeau qui enfermait cette jolie fleur du nom de Juliette. Droit, sincère, l'homme entra tristement dans cette pièce obscure contemplant avec horreur le tombeau qui enfermait celle qui aurait être le début d'un futur parfait. Paris et Juliette, deux prénom que le destin ne voulait pas unifier. Car oui, la belle endormie avait déjà offert son c½ur à celui qui le faisait battre à tout rompre et ce n'était pas Paris, aussi sincère pouvait-il être... La réciprocité était inexistante.
__Ce dernier déposa alors sur le tombeau un bouquet de fleur arrosé de ses larmes.
__Un sifflement, un code, une signification, pour Paris cela voulait tout dire, un inconnu avait promptement interrompu son recueillement et quel qu'il soit c'était inadmissible. Il recula alors doucement de l'entrée de la pièce et se fondit dans l'obscurité, guettant qui avait eu le cran de la déranger.
__Le désespoir et la souffrance s'engouffrèrent alors dans l'antre mortuaire sous la forme d'un Roméo meurtrit pas une douleur violente. Son c½ur était en cendre, mais il était tout de même là, devant ce tombeau, cette prison de pierre qui le séparait de sa douce. La douleur était si vive qu'il se sentait capable de tout, comme forcer l'entrée du tombeau. Pioche et barre de fer à la main, il voulait la revoir, toucher son visage même glacé par la mort et s'endormir à ses cotés, mort ou vivant, il n'en avait que faire, son seul désir était d'être avec elle.
__Mais un obstacle se dressa contre lui, comme une loup guettant l'arrivée imminente de son ennemi qui avait osé s'aventurer sur son territoire. Tous crocs dehors, il grognait, menaçant avec ferveur son adversaire de la pointe de son épée. Personne, et encore moins ce vil ennemi de Montaigu, n'avait le droit de lui arracher sa propriété, même blanche et froide comme la pierre, même morte. Personne n'avait le droit de toucher ce qui aurait dut lui appartenir si le destin n'avait pas été si cruel avec lui.
__Mais le destin n'avait pas fini sa triste besogne. Il se devait de finir cette histoire tragique. Roméo, le beau Roméo désespéré dégaina son épée, qu'importait ce combat, il mourrait ici quoiqu'il arrive, mais il voulait mourir le plus dignement possible. C'est pourquoi d'un magistral coup d'épée Paris sombra inerte sur le sol glacé, mourant dans un dernier souffle de haine pour son adversaire.
__Mais ce fléau de la mort s'arrêterait-il un jour ? La haine tuait. Et l'amour ?
__Tout s'enchaînait, comme si tout était réglé à l'heure et à la minute près. Il fallait que Paris meurt et Paris était mort. Roméo, lui n'en avait plus pour longtemps. Il contemplait sa belle qui avait encore un teint si resplendissant qu'il eu l'impression en la regardant qu'elle n'avait peut être jamais semblée si sereine, si vivante...
__Mais ce n'était qu'une illusion de cet infime espoir qui rôdait en lui comme un poison. Il l'observait encore et encore, s'allongeant à ses cotés pour lui donner une ultime étreinte, la serrant contre lui, cherchant en vain l'odeur sucrée de sa peau. Mais son regard déviait dangereusement sur ses lèvres qu'il convoitait tant. Si belle, si douce, ce serait le baiser de la mort. L'ultime baiser d'un amour impossible en ce monde où la haine n'était que trop présente. Roméo portait alors le poison à ses lèvres. L'accueillant comme une délivrance, il engloutit entièrement le liquide et dans un dernier élan passionnée il posa ses lèvres sur celles de Juliette. Un baiser volé pour sceller leur amour même lorsque la mort est irréversible
__Un souffle s'éteint alors qu'un autre revit. Injuste destin. Triste Juliette dont les yeux se réveillaient et s'ouvraient pour une durée plus courte qu'elle se l'était imaginé. Son c½ur palpitait, frère Laurent était là, paniquant de tout ce sang répandu sur le sol. Et Roméo était lui inerte sur le corps de sa belle Juliette qui avait retenu son cri en constatant l'horreur de ce réveil. Elle aurait voulu ne jamais se réveiller. Son regard croisa celui du moine, elle restera ici, elle voulait mourir ici. Frère Laurent partit. Elle était enfin seule, seule face à son propre destin. Elle savait ce qu'elle avait à faire et ce qu'elle désirait au plus profond d'elle même. Ses larmes enflammaient ses yeux, mais seul une unique perle de cristal roula sur sa joue.
__Le c½ur brûlant de désespoir, elle décida d'écourter se supplice ; la lame du poignard lui transperçant la seule et unique chose qui lui avait permis de vivre. Triste amour. Funeste amour. Etait ce donc là leur destinée ? La mort seule pouvait les réunir. L'amour ne pouvait que les tuer pour mieux les rassembler.
__Terrible haine de ces familles aveugles et sourdes. Tant de morts pour une haine inutile. Au loin, de nouveaux pas résonnaient, ils arrivaient tous. Le prince d'abord, Lady Capulet et Capulet sans oublier Montaigu et Frère Laurent, acteur principal de ce triste spectacle. Lui seul pouvait dévoiler cette vérité cachée, ce mariage, cette union, cet amour pur et sincère qui avait unis dans un monde de haine deux être aimants. Deux amants.
__Et paradoxalement cette mort était une délivrance pour tous. Comme si elle était une nécessité pour que le destin prenne un autre chemin que la haine qui avait envahit tous les c½urs de Vérone. Les destin prenait un autre détour. La mort de cet amour avait l'éclat improbable d'un futur meilleur. Et dans cette inqualifiable douleur, deux familles, deux ennemis avaient enterré la hache de guerre et levaient le drapeau blanc. La paix pouvait à présent respirer à plein poumons.
__Deux âmes s'étaient envolées ensemble, loin de ce monde haineux. Sans savoir qu'en réalité leur union funeste sans la mort avait à Vérone, ravivé la flamme d'un espoir de paix et d'amour.
The end.
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